La Nuit est Inquiétante

La Nuit est Inquiétante

August 19, 2019 3 By William Hollis


La nuit est inquiétante.
Tu marches. Seule. Tu ne sais pas encore si tu dois avoir peur. Le vent souffle fort.
Derrière toi les feuilles glissent et s’écrasent contre les barrières en un froissement glacial.
Tu avances. Un peu plus vite. Carton, bouteilles et canettes abandonnés font la course, ils
se doublent violemment et achèvent leur ruée fracassés contre un poteau. Tu entends le
long souffle de leur agonie, leur élan brisé. En haut, les fils électriques s’emmêlent,
se perdent et se chevauchent. Ils balancent sur le sol leurs ombres mouvantes, intimidantes.
Tu perçois plus que tu n’entends le léger couinement du caoutchouc contrarié. Ou un
rire indistinct au loin. Tu changes de rue. Elle est déserte, à nouveau,
mais mieux éclairée. Tu passes sous des arbres secoués par le vent. Les branches
malmenées se reflètent sur le trottoir martelé par tes pieds. Tu accélères encore, tu as
froid. Ce n’est pas tellement ce souffle puissant qui rugit contre toi, c’est cette lame glacée
que tu sens fondre le long de ton dos, puis remonter lentement vers ta nuque. Ce mauvais
pressentiment. Cette solitude angoissante. Tu es bientôt arrivée, mais finalement tu
ralentis, tu as peur de tomber. Quelque chose a chu, là, derrière toi. Tu
ne te retournes pas. Tu ne te retournes pas. Tu te mets à courir en sortant fébrilement
tes clés. Tu ne sais toujours pas si tu dois avoir peur, mais le fait est, tu es effrayée.
L’impasse. Tu bifurques, tu manques perdre l’équilibre mais te rattrapes au mur. Il
est froid, il mord ta peau, tu sens le sang. Enfin, ta porte. Tu te jettes dessus. Les
clés ne rentre pas ne rentre pas ne rentre pas rentre. Tu entres. A l’abri.
La ville est hostile, ce soir.